www.avivsaveurs.com
 ENTRE nous
 

Croquons la vie à belle dent pour qu'elle nous sourit  
 
Par Régine PACHTER

Deux amis sont attablés.
Le serveur apporte un plat dans lequel il y a deux steaks : un grand et un tout petit.
Poliment l’un des copains tend le plat à l’autre qui se sert le grand morceau. Offusqué, celui à qui il ne reste que la petite part, ne peut s’empêcher de lui dire : « Ce n’est guère poli ce que tu as fait là, si c’était moi qui m’étais servi en premier, j’aurai pris le plus petit morceau ! » et l’autre lui répond aussitôt : « Puisque tu as déjà ce que tu aurais choisi, où est le problème ?… »
Blague mise à part, ce n’est pas un hasard si pour toute l’humanité partager un repas est un moment important de convivialité et de plaisir.

Dans le judaïsme les choix et les limites que la cacheroute impose, introduisent une dimension spirituelle et philosophique à cette contingence prosaïque en nous obligeant à discipliner notre avidité et à canaliser nos envies. Les bénédictions transcendent la matérialité en célébrant sa dimension divine et sacrée.
Jouir de cinq sens, les anges eux-mêmes n’ont pas ce privilège !

Depuis notre naissance la nourriture a une dimension affective car le plaisir qu’elle nous procure ainsi que le réconfort qu’elle nous apporte sont synonymes d’amour et représentent une compensation inconsciente à la séparation douloureuse avec ce paradis perdu qu’était le sein sécurisant de notre mère. Plus ce moment privilégié a satisfait notre besoin de sécurité et consolidé nos liens affectifs avec notre entourage et plus le moment des repas acquiert de l’importance pour les êtres sociaux que nous sommes.

Très tôt dans notre histoire la nourriture participe à l’épanouissement de notre sensualité où tous nos sens sont en éveil : la vue exacerbe notre convoitise et anticipe le plaisir auguré par notre odorat titillé par d’agréables effluves, puis vient la satisfaction des papilles qui explorent avec délice les saveurs et les textures, accompagnées par la musique de nos mandibules qui rythment cette fête où nous saisissons voluptueusement certains aliments avec nos doigts…

L’ambiance est un élément primordial pour que les bienfaits du repas coopèrent à la santé. Rien de pire pour la digestion que la contrariété et les disputes ! C’est un poison pour l’esprit comme pour l’organisme. Quant à discuter de sujets importants, rien ne vaut la sagesse de nos aînées qui préconisaient de satisfaire d’abord les estomacs car « ventre affamé n’a point d’oreille »…Et préparer de bonnes choses est une autre façon de nourrir l’amour…

Si la société a ritualisé ce moment qu’il s’agisse de repas d’affaires, de famille, de moments romantiques ou autres , c’est qu’il permet avant tout de créer du lien et joue un rôle pacificateur pour que les êtres se sentent intégrés au groupe et en sécurité...

En y regardant de plus près, notre comportement à table et notre rapport à la nourriture en dit long sur ce que nous sommes : par exemple la personne qui chipote dans son assiette et mange du bout des lèvres
ou celle qui déguste avec plaisir en savourant chaque bouchée ou celle qui avale son repas en toute hâte comme pressée d’en finir ou celle qui engloutit avidement la nourriture comme si elle avait peur de manquer
ou bien celle qui préfère se servir peu à peu, etc.

Ces attitudes sont bien souvent révélatrices de notre approche de la vie et plus particulièrement de notre fonctionnement charnel…
Le désir et le plaisir sont étroitement liés au goût de vivre et c’est pourquoi tout ce qui contribue à épanouir la joie d’être ensemble est un bienfait. Et s’il y a bien des façons de croquer la vie, alors plutôt que de nous laisser happer par elle , nous pourrions la savourer avec plus d’amour et de gratitude afin que chaque jour soit une fête…

Régine PACHTER : psychothérapeute, formatrice à la communication et conseil d’entreprise.
E mail : regine.pachter@free.fr
Tél. 01 39 90 26 34